Il faudra revenir plusieurs fois sur l'important article que Bernard-Henri Lévy consacre à Nicolas Sarkozy dans le New York Times, à l'occasion de la sortie de ses livres en version américaine. Important parce qu'il traite de la personnalité, de la méthode. Parce qu'il aligne avec précision ce qui le rapproche du nouveau Président et ce qui l'en éloigne fondamentalement. Au vrai sens de ce mot galvaudé : sur le fond.
Important parce que pour connaître Nicolas Sarkozy et BHL et avoir échangé ensemble avec eux, ce que révèle BHL ne peut pas ne pas être pour partie douloureux. Comme toute tentative d'exercice de sa lucidité sur des proches est une blessure. Émanant d'un homme - je le sais - obligatoirement séduit par tant d'aspects de la politique et si admiratif du tempérament hors du commun du nouveau Président.
Il faudra y revenir parce que mai 68, la mémoire, l'identité Française, tout ce qui le sépare de Sarkozy mérite débat. Par exemple, Mai 68 n'est pas « le tourment, le cauchemar de la frange la plus réactionnaire de la droite ». La question de Sarkozy est légitime, n'en déplaise à tous ceux qui ont participé à l'aventure : la génération qui a mis fin à De Gaulle doit assumer les conséquences de son engagement. Avec ses « CRS SS » et « De Gaulle facho », les prétendus libertaires ont été les véritables accoucheurs de la funeste alliance des socialistes avec les communistes. Ils sont les véritables pères du programme commun de la gauche. Cette génération a créé le climat intellectuel et culturel qui, de fait, a gommé les crimes de Staline et de Pol Pot. En marge ou à son coeur, les leaders de Mai 68 ont été de toutes les aventures de la gauche officielle. Ils ont toujours combattu le gaullisme porteur des valeurs universelles de la France. Elle doit s'en expliquer et analyser son échec : aujourd'hui cet échec est encore à l'origine de la déconfiture idéologique du Parti Socialiste. Bien entendu BHL est hors de portée de cette critique grâce à sa « Barbarie à visage humain ». Mais il ne peut pas recouvrir du blanc manteau de sa dénonciation prophétique la cécité de ses amis. Sa splendide virginité n'est pas transmissible.
Il faudra y revenir car il est aussi question du « for intérieur » de Nicolas Sarkozy. BHL qui le connaît très bien ne doit pas se laisser abuser par cette pensée qui s'exprime en direct, sans tabous, qui semble se libérer en permanence et si vite. Elle n'est évidemment pas sans double fond. Elle résulte toujours d'une réflexion en amont avec des observations essentielles et de détail d'une acuité bien au dessus du lot. Mais surtout - et BHL le sait - Sarkozy fait la différence grâce à l'anticipation. Personne ne peut nier cette supériorité qui l'a notamment conduit là où il est. On imagine ce qu'elle représente, en son for intérieur justement, pour peser, apprendre, connaître et puis trancher. Auparavant, pour séparer la surface du fond des choses. Qu'il s'agisse des idées ou des hommes. Et Nicolas ne s'est pas beaucoup trompé sur ce critère là ! Ayant été parfois seul de son camp. Il ressemble au plus près me semble-t-il à cette superbe définition de l'intelligence selon Malraux : « la fin de la comédie, plus le jugement, plus l'esprit hypothétique » (1).
Non. Puisque nous sommes à l'été et qu'il est aussi question d'amour, du bonheur, de passion, BHL dit ce qu'il pense de ce « Président jeune, apparemment heureux ». Pour lequel il est possible que « sa passion comptât plus, à la fin, que la passion de la puissance et du pouvoir ».
Aucun Président n'a été exclu de la passion. Heureusement. Nous avons approché Mitterrand et Chirac. Et croisé des parts d'eux-mêmes qui avaient à voir avec ce versant là de leur vie. Ce dont il faut absolument témoigner dans le cas de Nicolas Sarkozy, c'est de ce qu'il en est de sa priorité à l'intérêt public. Le bonheur du Président de la République qui est une affaire privée n'a pas de conséquence sur son activité publique. Nicolas Sarkozy en a apporté la preuve éclatante et peut être difficile - le saura t-on jamais ? - pendant toute la dure pré-campagne électorale. Quelles qu'aient été les phases de son bonheur privé et que nous ignorons, sa prestation publique n'en a jamais été affectée. Qui peut contester aujourd'hui, après près de trois mois de Présidence, qu'il n'en est pas toujours ainsi ? Ces 3 mois n'ont pas été perdus pour la France et les Français. BHL ne le conteste d'ailleurs pas.
Décidemment le style, la personnalité, les engagements de Nicolas Sarkozy n'ont pas fini de surprendre.
(1) Roger Stéphane « Tout est bien ».
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