Samedi, lundi, je rencontre, j'écoute. Au hasard de ces échanges je mesure la dégradation de la situation de Grenoble. On parle beaucoup de la circulation, du stationnement, de la propreté bien entendu. Mais l'action sociale, le regard des élus sur les associations, le soutien de la municipalité aux activités ? Au fil de mes notes, en fin de journée, quand je me relis je suis triste de lire cet immense désenchantement. Ainsi les vacances et les activités décentralisées à l'école Beauvert (dans l'attente de la fin des travaux de la maison de l'enfance) ont été gérées par le personnel de la maison de l'enfance tant bien que mal dans un établissement qui n'est plus aux normes de sécurité depuis plus de 2 ans, avec des problèmes de chauffage non résolus, des heures de ménage qui manquent. Nous sommes à Grenoble dans la ville des nanotechnologies et le minima n'est pas assuré.
J'ai rencontré beaucoup d'associations du secteur 4 qui se posent nombre de questions. En effet, les élus de la ville n'ont pas pris leurs responsabilités dans les difficultés de la MJC de la Capuche. Il est vrai que très souvent, on note leur absence : ce fut encore le cas lors de la dernière assemblée générale de la maison de l'enfance du Clos d'Or par exemple. Pourtant, il s'agit de la présentation des comptes, donc de l'argent public dont les élus sont responsables. Les bénévoles dévoués qui font vivre les quartiers et les personnels qui constatent ce désintéressement sont souvent découragés. Et que dirait le contribuable s'il savait ? D'autant que les représentants des centres sociaux, des maisons de l'enfance, apprennent au détour d'une phrase que depuis un an la ville est en réflexion avec une association, les Francas, à propos de l'avenir du secteur.
Quoi ? Ceux qui agissent sur le terrain, ceux qui font tenir debout les activités malgré les difficultés, qui ne portent pas plainte quand les normes de sécurité ne sont pas respectées, ne sont pas consultés quand il s'agit de réfléchir à l'avenir ? Comment rester mobilisé ? Quand ils apprennent qu'un bureau d'études va être financé pour dresser les besoins en matière d'enfance et petite enfance ! Alors que, gratuitement, les professionnels des structures associatives font sans cesse remonter aux services de la ville les besoins spécifiques de leur public qu'ils connaissent mieux que d'autres. Sans être jamais entendus.
La ville qui annonce manquer de moyens lance une étude lourde et coûteuse sans concertation avec le secteur associatif qui souffre et manque de l'essentiel. Ces mêmes associations à qui la municipalité demande d'élaborer des projets pédagogiques et leurs coûts en fonctionnement. La subvention de la ville leur permettant ensuite d'adapter le tarif en fonction du public des quartiers afin d'accueillir le plus grand nombre.
Et bien la coutume de la ville de Grenoble est de n'accorder que le tiers de chaque subvention prévue et de ne l'accorder que 10 mois après qu'une activité de ski ou estivale ne se soit déroulée ! Aisé de travailler ! Dés l'origine, le projet social est déséquilibré par la faute de celui qui devrait le garantir au premier chef. Nombre d'associations sont maintenant dans un équilibre précaire, proches du dépôt de bilan.
Et les exemples sont cités : je relève que la ville a accordé une subvention de 10 000 € pour acquérir un transport de groupe aux structures de petite enfance. Ignore-t elle les prix ? Comme elle a sous estimé le budget de la crèche Malherbe (70 000 €), comme l'analyse structurelle du bâtiment de la maison de l'enfance Clos d'or à l'occasion de sa réhabilitation n'a pas été effectuée correctement nécessitant des travaux supplémentaires de structures des murs porteurs, comme on se plaint de retrouver souvent le même cabinet d'architecte (à Paul Mistral, Teissere, Mistral...), comme on s'engage à pérenniser un emploi jeune au sein de la Maison de l'enfance Clos d'Or par le biais d'une subvention et on ne le respecte pas, comme on me montre des courriers contradictoires du Maire suivant le service qui les a rédigés !
Pourtant, les Maréchaux ne manquent pas à la Mairie : l'encadrement supérieur est celui qui a été le plus renforcé. Le mécontentement est tel que l'on exige que le Maire vienne enfin entendre la réalité à la prochaine assemblée générale de Rue de l'enfance, ce regroupement « volontaire » (en fait les subventions sont conditionnées à lui) des associations socio-culturelles de Grenoble.
Je ressens un climat de 1982
J'énumère ces quelques faits glanés au fil de mes rencontres - et pas tous, afin de ne pas gêner mes interlocuteurs - parce qu'ils sont significatifs d'un fonctionnement désormais à la dérive. D'un blocage municipal. Les rouages sont hypertrophiés, paralysés. J'ai connu cela en 1982 alors que j'étais candidat face à Hubert Dubedout : la technicité avait remplacé la réalité. Le sommet municipal politisé à l'extrême se congratulait. Le mécontentement de la population ne pouvait être qu'un poujadisme marginal... Je suis frappé de l'identique de la situation et certain que rien ne bougera compte tenu des intérêts en cause.
Je comprends mieux aussi toutes les tentatives désespérées d'empêcher tout débat. Comme si la réalité pouvait être cachée par des opérations de basse politique qui peuvent d'ailleurs à tout moment revenir en boomerang sur ceux qui les ont lancées.
Où que je me tourne, je constate une attente, une volonté de changer, de retrouver une ville « collectivité de destin », où chaque homme compte, ou chaque projet est respecté.
Effectivement, les échéances électorales sont toujours des moments de vérité.
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