Un petit air de « 1968 » fatigué. Télé Grenoble avait choisi le « No Name », un sympathique café de la rue des Taillées à St Martin d'Hères pour m'inviter à son émission et m'interroger. Je venais de quitter le plateau de Stéphane Bern (France 2) où je me trouvais solidaire de Jean-Luc Mélenchon, Sénateur PS, et du directeur de Charlie Hebdo, pour refuser la « peopolisation » de la vie publique, son évolution à l'américaine. Un plateau un peu foire d'empoigne déjà...
Était-ce le site ? Arrivant en retard, je pensais au jeune homme que j'étais, habitant très près, place de la République à St Martin d'Hères avec ma famille, qui se promenait avec son chien dans ce quartier et cette rue familiers. Et puis le campus derrière où j'avais eu à affronter ma génération qui conspuait De Gaulle. Déjà un peu seul...
En entrant dans la salle du débat retransmis en public par Télé Grenoble revenaient les insultes d'alors : « flic, SS, Qui te paye ? Facho ». La différence avec aujourd'hui ? Je n'ai malheureusement plus le même âge que les quelques jeunes mandatés au premier rang. Et puis en 1968 les choses étaient plus risquées physiquement, plus enthousiastes aussi, moins formatées.
Par exemple, jamais dans un amphi une jeune fille ne se serait levée comme celle que j'ai entendue pour lire une question à laquelle je venais de terminer de répondre. Il y avait tout de même de la conviction, de l'imagination, pas cette espèce de totalitarisme morne et administratif.
Quoi de commun par contre ? Les 3 ou 4 représentants du clan Avrillier, plus proches de ma génération d'âge. Avec leurs tee-shirts « Carignon-corruption », ils semblent plus proches des « maos » d'alors. Ceux-là étaient idéologues, fermés, répétitifs, sans aucune logique ni générosité, ni même simple curiosité sur les choses et les hommes. Au pouvoir, ils auraient conduit la révolution culturelle ou les autres folies du Président Mao sans état d'âme ! Peut-être ces 3 ou 4 du café « No Name » en étaient-ils alors? Ou je les vois plus âgés qu'ils ne sont ? Capables en tout cas de défendre le droit, mais me refusant l'application de la loi qui fait de moi un citoyen à part entière ; de lutter contre la double peine mais en voulant que j'en supporte trois. Cette semaine, leurs amis au Parlement ont refusé aux Maires la possibilité de connaître les délinquants une fois la peine accomplie car « il ne faut pas stigmatiser les gens qui ont payé leur dette à la société », mais ils voudraient que ma vie se résume à une seule de ses étapes, celle qu'ils ont eux mêmes choisie...
Au fil de mes réponses, je sens bien que tout cela fléchit. Je n'ai pas la prétention de convaincre quiconque parmi ce type « d'envoyés spéciaux » mais je vois bien qu'ils répètent plus qu'ils ne pensent. Il ne faut jamais renoncer à dire ce qui est.
Ainsi quand j'exprime le regret sincère de ne pas avoir mis fin au système de financement politique mis en place par la gauche et qui a fonctionné 18 ans avant mon arrivée (!) l'un des tee-shirts semble ne pas avoir entendu la première partie de ma phrase. « Ce n'est pas parce que la gauche le faisait que vous auriez du continuer ». Son entendement ne veut pas laisser pénétrer l'idée que la liste PS/Verts de 1983 a financé sa campagne sur ces bases là. Et que peut être, si je n'avais pas gagné, les choses auraient continué sous leur égide. Qui le sait ? Pas de quoi en tout cas se prétendre au dessus de la loi.
Suite à une question de l'animateur qui se veut au diapason de la salle (J’ai le désir de lui dire que les succès faciles, ceux qui ne reposent pas sur la connaissance, sont ceux que l'on regrette le plus...), je propose d'entrer dans le détail de ce pourquoi j'ai été condamné, à savoir les dépenses toutes affectées par le tribunal. Leur énoncé démontre qu'il n'y a pas de mystère, que je ne me suis pas « mis d'argent dans la poche » comme ils voudraient le faire croire ; je lis une déception dans certains regards. Les faits bruts, énoncés par l'intéressé, pèsent plus que l'anathème et l'insulte.
Et puis je développe ce à quoi je crois, cette nouvelle gouvernance publique dont nos collectivités ont besoin, cette nécessité de faire de l'environnement le dossier de chacun, j'énumère des propositions concrètes dont j'entends être le porte-parole. En creux se dessine l'immobilisme local qui n'a pris aucune mesure pour changer la donne, faire intervenir le citoyen, organiser la transparence et l'accès à l'information. Au contraire, l'argent a été utilisé à des journaux de propagande. C'est à tout cela que j'appelle à mettre fin.
Quand je rentrais seul du campus dans ce mois de mai agité de 1968, après une réunion agitée et lourde, parfois par cette rue des Taillées à St Martin d'Hères, je me remémorai comme ce soir tout ce que j'aurais pu dire et que je n'avais pas dit. Revenaient aussi comme ce soir des outrages qui ne me correspondaient pas. Ni à ma personne, ni à mon authenticité. Chaque fois je revenais à ce qui était vrai. Alors c'était de Gaulle qui représentait l'intérêt général et la liberté. Aujourd'hui, localement c'est d'une nouvelle gouvernance dont ont besoin nos collectivités. Et quelle meilleure destinée pour un homme public que d'être utile. En marchant ce soir je récite quelques mots de la chanson de Julien Clerc que j'aurais pu dire :
« Utile »
« A ceux qui m'ont aimé,
à ceux qui m'aimeront,
à ceux qui m'aimaient ».
Dès que nous aurons reçu le film de ce débat, je le mettrai à disposition sur ce blog.
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