Le Président de la Résidence Houille Blanche qui loge les élèves ingénieurs de l'INPG me demande mon témoignage sur Pierre Volumard, ingénieur lui-même qui fut également Député de Grenoble en 1968. C'est bien volontiers que je lui adresse ces quelques lignes qui surgissent de ma mémoire :
Je garde de Pierre Volumard le souvenir d’une personnalité attachante entrée dans la vie publique comme par effraction, s’agissant d’un homme essentiellement réalisateur, bâtisseur, pratique, loin de tout calcul politicien. Alors que l’heure était grave pour le pays, cet ingénieur avait accepté en 1968 d’être le suppléant de Jean-Marcel Jeanneney, le Ministre du Général de Gaulle. A cette époque il s’agissait d’ un choix courageux, probablement effectué comme d’instinct, sans jamais prendre en compte des éléments personnels alors qu’il effectuait à EDF une brillante carrière. Devenu Député, je me souviens d’un homme constructif abordant la vie publique avec ses paramètres d’ingénieur. Il apporta sa pierre à l’édifice commun avec une compétence, un bon sens, un dévouement sans borne qui forcèrent l’admiration. Sa haute silhouette, sa tête penchée en position d’écoute sur l’interlocuteur, en permanence cigarette Craven aux lèvres dégageant une volute de fumée, tout cela devint familier dans le paysage grenoblois.
Il noua avec Hubert Dubedout auquel il s’opposait politiquement un dialogue de Député à Maire d’une certaine hauteur, qui permettait à Pierre Volumard de servir Grenoble, car seul l’intérêt général le motivait. J’ai été son suppléant en 1973 alors que nous étions dans une conjoncture politique difficile : je n’ai jamais entendu Pierre Volumard se plaindre de la rudesse du combat ni douter de son issue pendant la bataille. Après la défaite, en homme debout, il a repris ses activités sans jamais se désintéresser de la chose publique, ni de Grenoble. Il possédait l’élégance naturelle des hommes d’honneur.
Avec le Député Pierre Volumard, Grenoble a écrit une belle page de son histoire : il appartient à la race de ceux qu’on n’appelait pas encore la « société civile », qui ont des convictions et acceptent de mettre leur forte expérience professionnelle au service de la chose publique. En ce sens il a été aussi un précurseur. Trop tôt disparu, je me souviens enfin de ses obsèques auxquelles j’assistai derrière son épouse qui a joué un rôle positif si important auprès de lui et de toute sa famille. Un moment émouvant car il s’agissait d’un au revoir. Il n’effaçait pas la mémoire de nos combats communs. Elle demeure encore bien vivante aujourd’hui.
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