Le parolier superbe de Jacques Dutronc (« Paris s'éveille », « et moi et moi »), l'écrivain, le marcheur infatigable, l'homme aux milles vies, a été enterré hier à Paris. J'ai regretté de ne pouvoir accompagner Jacques Lanzmann à sa dernière demeure. L'homme se livrait peu, il était d'intérieur mais de feu. Le regard vif, perçant, intense, disait mieux que des mots ce qu'il en était de son bouillonnement. Son existence a été une aventure. Il avait été étonné quand, jeune Ministre de l'Environnement, je lui avais décerné une légion d'honneur non sollicitée. Il comptait l'accrocher à sa chaussure de marche pour la porter sur les routes du monde. Certains de ses livres faisaient plus pour la prise de conscience de la protection de la nature que bien des actions publiques. Son chemin de Lhassa à Katmandou demeure un grand moment… Ma dernière rencontre est le fruit du hasard : dans une ruelle de Marrakech où il avait choisi de s'installer avec sa quatrième épouse. L'acuité du regard n'avait pas baissé. La curiosité non plus. Il devait avoir 77 ans. A cet âge - j'avais constaté le même phénomène avec Edgar Faure ou Haroun Tazieff - il faut une immense curiosité intellectuelle intacte, une soif de vie inextinguible pour conserver une telle fraîcheur d'âme. Ce promeneur solitaire de la Médina, concentré sur lui-même, était bien l'écrivain et le parolier tant estimé, ce gamin de 16 ans qui entra dans la résistance et ne l'a plus quittée. Ce marcheur s'estimait sans imagination. Pourtant il était capable de transformer l'apparente banalité par le miracle des mots. Capable de conférer à ce qu'il observe une signification immédiatement partagée. Car elle touche à la profondeur des choses. Alors qu'empruntant sans lui la même route, elle ne nous dirait rien de plus que ce qu'elle montre. Son itinéraire exceptionnel a produit une oeuvre qui participe à notre grâce de vivre.













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