Traversant la ville en tramway, du grand sablon à La Tronche jusqu’à Fontaine où je dois me rendre, j’observe la ville vide en ce mercredi d’août. J’entends le nom de « Michallon » à l’hôpital. Je pense à ce Maire qui obtint les jeux pour Grenoble. Que j’ai connu à la fin de sa vie alors qu’il avait perdu. Ce médecin gaulliste de la résistance, un peu carabin, un peu cabotin, généreux et direct, que la bourgeoisie locale n’aimait guère car il vivait avec une femme sans être marié ce qui, à l’époque, pour un homme public de droite de surcroît, était le comble de la provocation... Il épousera Raymonde sur son lit de mort, conscient de son cancer. Un vrai tempérament. Je suis heureux de l’avoir rétabli en donnant son nom à l’hôpital.
Son successeur Hubert Dubedout ne lui avait accordé à sa mort que le joli – mais un peu petit – « Parc Michallon », qui jouxte le Musée. Le tramway traverse le Centre hospitalier – une mesure que j’ai imposée avec mon équipe contre les avis de beaucoup qui auraient voulu que le tram passe à côté – et arrive au Musée. Je remarque le petit « espace François Mitterrand », créé par Michel Destot pour l’ancien Président de la République. C’est aussi mon équipe qui a recréé au moment ou nous avons construit le musée, cette place Lavalette qui n’existait plus que comme un vilain parking sauvage. “ L’espace” est donc un no man’s land entre le Musée et la place, une sorte de lieu imaginaire. A cette décision, on mesure la gêne de ceux qui l’ont prise. Rendre hommage à Mitterrrand sans laisser de trace…
Et puis le tram se faufile places Notre Dame et Sainte Claire, où je ne me lasse pas de voir ce que nous avons fait de l’Evêché, de la façade retrouvée de la cathédrale et de la Halle pour arriver à l’arrêt Dubedout. J’avais appris son décès brutal en déjeunant avec Jean-Claude Gaudin en Provence. Je me souviens de notre émotion. Même un adversaire est une part de soi-même. J’étais Ministre de l’Environnement, Maire et Président du conseil Général et j’imaginais bien les sentiments que tout cela avait inspiré à Dubedout : il avait eu des rapports difficiles avec Louis Mermaz, Président du Conseil Général qui ne l’aidait guère. Il avait été barré par ses « amis » pour accéder au gouvernement... J’avais résolu ces problèmes auxquels il s’était heurté pendant des années. Maintenant, il était mort et méritait l’hommage de la ville. Nous avions contacté son épouse pour qu’elle choisisse le lieu de cet hommage et elle avait donné sa préférence à ce qui était alors la place de la Bastille, devenue par décision du conseil que je présidais, Place Hubert Dubedout. La municipalité Destot a ajouté cet arrêt de tram. Pourquoi pas ? Les deux Maires olympiques – celui qui les a obtenu et celui qui les a réalisé – se retrouvent à la fin sur la même ligne. Une certaine justice qui rassemble dans la mort. De plus, au plan politique, par cette décision, Michel Destot accréditait l’idée de sa proximité avec l’ancien Maire alors que – ne l’oublions pas – se représentant en 1983 certain d’être élu contre moi, Hubert Dubedout avait fait reculer le Conseiller Municipal Destot en 46ème position sur sa liste... Dubedout majoritaire, Michel Destot aurait perdu son modeste siège de conseiller municipal sortant. On n’a jamais eu d’explication sur cette élimination.
Avant de descendre à mon arrêt de Fontaine, je passe devant l’arrêt Maisonnat. La municipalité a fait ajouter au fronton en gros caractères « Louis Maisonnat ». Il est vrai que l’ancien Député-Maire de la ville mérite aussi cet hommage. Communiste, il a réussi à porter longtemps ce qui ressemble à peu prés à la circonscription de Didier Migaud aujourd’hui. Il faisait preuve de beaucoup de présence et de dévouement et nous nous sommes pas mal affrontés au Conseil Général, où il m’observait avec curiosité.
Finalement, manque un nom à cette liste et à cette période de notre vie publique : Aimé Paquet, Ancien Médiateur de la République, Ancien Ministre. Certes, il est toujours demeuré Maire et fidèle à son village de St Vincent de Mercuze, mais il a été Député d’une partie de Grenoble ( Notre Dame, Sainte Claire, Abbaye Jouhaux, Ile Verte) pendant 22 ans. Et toute sa vie, il a soutenu et fait avancer les dossiers de la ville avec un acharnement incroyable. Entre le Dr Michallon et Hubert Dubedout, entre La Tronche et le centre ville, Aimé Paquet mériterait de se retrouver sur cette voie de tramway. Ainsi, Albert Michallon, Hubert Dubedout, Louis Maisonnat, Aimé Paquet, qui se sont tant combattus, estimés, qui ont tant oeuvré pour leur ville et leur région se retrouveraient à nouveau ensemble dans l’espace public des grenoblois. Ce serait simplement justice.
Les commentaires récents