La personnalité de Jean-Claude Brialy irradie tant le Festival de Ramatuelle qu’il est devenu « son » festival. Presque chaque année, nous réussissons à nous y rendre depuis qu’il nous y invite. Hier soir, le « festival Brialy » était sur scène : pendant plus de 2 heures, Jean-Claude égrenait ses souvenirs qui se ramassent à la pelle. Même si, comme des centaines de milliers de lecteurs, j’ai lu ses 2 livres de souvenirs (« Le Ruisseau des singes » et « j’ai oublié de vous dire »)ce n’est pas la même chose d’entendre des morceaux choisis semblant improvisés, que de les lire. J’apprécie les gens qui admirent les autres. J’aime cette forme d’intelligence généreuse qui ne doute pas d’elle même puisqu’elle se compare en énumérant les mérites, les qualités, les beautés de tous ceux qu’elle a croisé. Brialy est tour à tour drôle, mélancolique, grave, facétieux et il fait revivre les personnages aimés. Sans gommer tous leurs défauts. La dernière fois que nous l’avions vu, c’était à Paris, il y a un an, où il jouait avec Line Renaud cette belle pièce : « Poste Restante ». Nous avions soupé avec elle et lui ensuite et ç’avait été un régal de souvenirs, de bons mots, d’anecdotes... Line et lui étant en pleine forme.
A Ramatuelle, comme c’est la tradition, nous nous retrouvons ensuite plage des Jumeaux avec la présidente Jacqueline Franjou et ses amis pour le souper. Malheureusement, Juliette Gréco qui assistait au spectacle n’a pas suivi. Évidemment après 2H15 de one man show qui l’ont vidé je vois bien que Jean-Claude doit récupérer. Je sais ce qu’il en est après un long discours où l’on a tout donné de soi. Boire un verre, manger un peu. Avec son compagnon Bruno Finck à ses côtés, si agréable, intelligent, diplomate, le mot à propos. Brialy retrouve sa verve en quelques minutes et c’est un nouveau festival qui s’ouvre jusqu’à 3 heures du matin. On peut le bombarder de questions indiscrètes, il répond avec franchise, précision et élégance. Car il est question d’amour, d’amants, de liaisons, de vie – Alain Delon – de mort – Romy Schneider.
Jean-Claude Brialy a tout vécu, tout connu, tout retenu surtout. Et quand quelqu’un fait allusion au rapport que, tel qui s’en glorifie aurait pu avoir avec la beauté sauvage du jeune Alain Delon (dont à l’époque « toutes les femmes, tous les hommes, les chaises et les tables étaient follement amoureux »), Brialy qui était à ses côtés en ces années là s’insurge : « Qu’il ait fait croire que ce serait possible, qu’il ait joué de cette insolente beauté pour faire tourner les têtes bien entendu, mais rien d’autre ».
C’est sans appel. Mémoire infaillible de ceux qui aiment les autres. Avez-vous remarqué que les gens généreux ont une mémoire ? Tandis que ceux seulement préoccupés par leur propre existence ne se souviennent pas de grand chose ? Et encore : les hommes qui semblent perdre leur temps dans la dispersion, l’attention aux histoires des autres, capables de s’expliquer comme avec des intimes avec des inconnus qu’ils ne verront pas deux fois dans leur vie, paraissent laisser filer leur existence au fil de l’eau ; En fait ce sont ceux là qui ont un cap véritable et des balises : Le cap et les balises que confère une certaine humanité. Eux laisseront cette trace indélébile que je compare à celle, invisible, que laisse un oiseau dans le ciel, une trace dans les coeurs.
Monsieur,
J'aime beaucoup cet hommage à la fois généreux et simple que vous avez fait à Monsieur Brialy qui a et aura toujours une place dans mon coeur. Et j'aime beaucoup votre dernier paragraphe, conclusion si juste et appréciation de la vie et des hommes intelligente de sensibilité (formule plutôt maladroite mais ressentie) comme Madame ou plutôt Mademoiselle Line Renaud à votre égard.
Veuillez accepter mes plus respectueuses salutations.
Solange Lambert
Rédigé par: Solange Lambert | 05 juin 2007 à 14:27